Dans un futur assez proche, aux alentours de l'année 2035, on retrouve notre héros Soma Cruz de l’épisode précédent sur GBA (Aria of Sorrow), qui
avait déjà failli devenir le nouveau Seigneur des Ténèbres dont il est la réincarnation. Un an est passé depuis, et notre jeune Soma croyait déjà ses ennuis disparus définitivement. Mais
soudainement, le château de Dracula est reconstruit par les membres d’une secte préparant la résurrection de leur maître. Une sorcière dénommée Célia, à la tête de cette nouvelle organisation
maléfique, kidnappe la petite amie de Soma, Mina Hakuba, dans le but d’attirer Soma dans l’enceinte de la nouvelle demeure des ténèbres.
Deux minutes suffisent pour poser les bases scénaristiques de ce Castlevania. Le didacticiel ne se fait pas attendre : au détour d’une ruelle,
Soma pourchasse la ravisseuse de sa belle, mais en vain ; elles disparaissent toutes les deux dans un halo de lumière éblouissante, en vous laissant en compagnie… d’un Squelette, d’un
Paladin, et d’un Golem de Pierre ! Heureusement, par un hasard stupéfiant, Julius Belmont (digne successeur des tueurs de vampires de la longue lignée des Belmont) était présent sur les
lieux, et vous donne un petit couteau pour vous défendre contre ces créatures, que vous affrontez l’une après l’autre. Ces trois combats, pas bien difficiles, n’ont pour vocation que de vous
apprendre à vous battre mais surtout, ils réveillent le pouvoir de "dominance" qui sommeillait depuis longtemps en vous.
Qu’est-ce que la dominance ? C’est un pouvoir surnaturel extrêmement puissant qui vous permet, quelquefois, d’assimiler l’âme des créatures que vous avez vaincues.
Ces âmes se manifestent sous quatre formes distinctes :
Je vous rassure, on ne passe pas son temps à se battre à l’aide d’âmes et de gardiens. Le jeu autorise évidemment l’usage des armes, assez diverses et
variées dans cet opus. Le petit couteau qui constitue votre premier joujou fait pâle figure face à l’arsenal qui vous attend : épées géantes, grosses haches, masses de guerre, katanas, et
bien d’autres ! Il y a ainsi une dizaine de catégories d’armes, et dès le début de la partie, on découvre rapidement la première arme de chaque type. Comment se procure-t-on des versions
améliorées ? C’est simple : une de vos alliées, une magicienne du nom de Yoko Belnades, peut vous y aider : rendez-lui visite dans son local près du château, et elle acceptera
d’upgrader une de vos armes en l’échange de l’âme d’une créature particulière. Non loin de là se situe le commerce de Hammer (un autre de vos amis) où vous pourrez vous réapprovisionner en armes,
objets de soin et armures, moyennant finance. Et où trouve-t-on le fric nécessaire ? On en trouve en détruisant les innombrables torches disséminées dans le château ; il arrive que les
ennemis en laissent aussi, une fois vaincus.
Fort de tout cela, il est clair que
Castlevania : Dawn of Sorrow ne se contente pas de nous faire buter du zombie à tout va ; les idées ne
manquent pas pour rompre la monotonie des combats. De surcroît, la difficulté est bien dosée, ce qui oblige quelque peu le joueur à enchaîner les affrontements afin d’accumuler âmes, expérience,
objets, armes et armures, sans quoi battre les boss serait très ardu. En dépit de cela, on prend plaisir à déambuler dans la demeure de Dracula, tout d’abord grâce à un gameplay riche mais
fouillé. En effet, tous les boutons de la DS sont mis à contribution, ce qui occasionne une marge d’action étendue : les doubles sauts, les impulsions sur les murs, les attaques spéciales et
l’utilisation des âmes se font sans accrocs, instinctivement et simplement. Le stylet est en revanche employé de manière plutôt anecdotique : il sert à la navigation dans les menus, à tracer
des runes permettant de porter le coup fatal aux boss, et aussi à détruire certains blocs de cristal présents dans quelques salles du jeu seulement. L’utilisation des deux écrans est quant à elle
très ingénieuse ! Effectivement, l’action principale se déroule sur l’écran tactile, et l’écran supérieur affiche soit les caractéristiques de Soma (état, statistiques, équipement, argent,
expérience), soit le plan du château ; on alterne entre les deux d’une simple pression sur le bouton Select. Pratique et très commode ! Une autre idée astucieuse apparaît tôt durant la
partie : le Doppelganger. Cette âme spéciale vous permet de créer deux profils d’équipement différents (arme, protections et âmes), et de passer de l’un à l’autre en appuyant sur le bouton
X. On peut ainsi changer d’armes et d’âmes instantanément ; c’est tellement simple et ingénieux ! Enfin, on pourra juste regretter qu’il n’y ait qu’une seule vitesse de déplacement
possible, et on ne sait jamais vraiment si l’on marche rapidement ou si l’on court lentement. Néanmoins, on ne pâtit en aucun cas de cette légère rigidité de gameplay, tant l'action demeure
vivante, fluide, intense et grisante au possible. Il aurait peut-être été judicieux de s'inspirer du volet
The Circle of the Moon sur GBA (l'un des tout meilleurs
Castlevania à
mon goût), où il était possible de passer de la marche à la course par un double appui sur la croix multidirectionnelle, dans la direction souhaitée.
Une espèce de Frankenstein devant moi, un Archer Amalaric derrière...
Décidément, ce jeu possède un bestiaire impressionnant.
Seuls les plus acharnés réussiront à collecter toutes les âmes !
Le côté artistique n’est pas du tout en reste, bien au contraire ! Les graphismes, jolis et fins, dépeignent parfaitement l’ambiance gothique et lugubre
de la demeure de Dracula. On remarque également la présence de quelques décors en trois dimensions (immeubles au loin, à l’extérieur du château). Le bestiaire est bien fourni, et certaines
créatures sont impressionnantes, comme les derniers boss et certaines autres ; l’animation est fluide et les combats tout à fait lisibles. L’enceinte du château contient des environnements
variés, allant des douves au donjon dans les nuages : tous bénéficient d’un réalisme plutôt saisissant. Cependant, tout ceci ne serait rien sans les somptueuses musiques propres à tout
Castlevania en bonne et due forme ! La bande-son propose des thèmes extrêmement dynamiques, très inspirés, et accompagnant à merveille les lieux auxquels ils sont assignés. Un
plaisir incommensurable pour les oreilles, qui rend les affrontements bien plus joyeux. Après une expérience vidéoludique comme celle-ci, ce sont surtout les musiques que l’on retient.
Le jeu en vaut-il la chandelle, en fin de compte ? Il faut admettre qu’à première vue, la durée de vie est somme toute relativement faible :
l’aventure peut être bouclée en une douzaine d’heures, sans trop se presser. Toutefois, force est de constater que Konami redouble constamment d’efforts pour remédier à ce défaut. En effet,
Down of Sorrow propose deux modes de jeu à débloquer, un mode Difficile, et un mode Multijoueur où l’on peut remplir un niveau préconçu de créatures dont on a attrapé l’âme en mode solo,
et faire essayer ce niveau à un ami : l’idée est intéressante mais le mode de jeu demeure malheureusement limité et anecdotique. En outre, de nombreuses quêtes annexes viennent nous maintenir en
haleine : la découverte des trois fins différentes, toutes les salles secrètes, les dernières améliorations de chaque arme, et le mythique 100% d’âmes (pas évident à obtenir, surtout en mode
Difficile). Par ailleurs, j’ai été un peu effrayé par un autre défaut, aussi fâcheux qu’inattendu : la qualité des textes français dans les dialogues est très médiocre ; ainsi, on
relève des fautes d’accord fréquentes, des ponctuations hasardeuses, et des tournures de phrases plutôt… bizarres. Cela fait très mauvais effet de lire de si mauvaises traductions françaises pour
un jeu de cette envergure, où les dialogues sont pourtant peu nombreux. Pire encore, quand on va faire ses emplettes chez Hammer, celui-ci nous propose deux options : "Acheter" et "Vende" !
Eh oui ; "Vende", sans le "r" (de plus, ces commandes sont inversées ; il faut sélectionner "Acheter" pour vendre des objets et "Vende" pour en acheter) ! Enfin, lorsque Yoko trie
vos armes selon leur type, on constate qu’une classe d’armes se nomme "papière". J’imagine que ça veut dire "rapière"… Il est étonnant que les testeurs n’aient pas décelé ces fautes !
Rassurez-vous, les différents menus ainsi que les noms des équipements, des monstres et leurs descriptions ne présentent heureusement pas ce genre de problèmes. Ouf.
Dans ce mode de jeu atypique, vous remplirez un niveau de créatures
tirées de votre collection d'âmes. Le très faible nombre d'ennemis tolérés
dans une salle limite vite l'intérêt, malheureusement.
Rendu visuel : 8,5/10
La 2D, riche en décors, crée à merveille une ambiance lugubre, digne de ce que l’on attend de tout bon
Castlevania. Les sprites, finement ciselés,
donnent une énergie et une classe imparables à l'animation en général, qui est toujours parfaitement lisible.
Musique : 9/10
Des thèmes forts, dynamiques et diablement marquants. La musique élève magistralement le niveau artistique du soft et contribue significativement au plaisir de jeu. Il
m'est arrivé plus d'une fois de retourner au Laboratoire de Magie rien que pour le plaisir des esgourdes. Excellent, et même mieux que cela.
Gameplay : 8,5/10
Soma répond au doigt et à l’oeil, et de nombreuses actions sont rendues possibles grâce à une jouabilité riche et très bien pensée. Dommage que le stylet
soit aussi peu exploité. En tout cas, le passage à la nouvelle console portable de Nintendo est une franche réussite, la saga culte de Konami s'est même rarement aussi bien portée.
Durée de vie : 7/10
Douze heures suffisent pour achever la première aventure, mais les différents modes et bonus à débloquer retiendront le joueur bien plus longtemps. Ce jeu se
place indiscutablement dans la catégorie des "trop court, mais trop bon" !
L'affichage de l'écran supérieur s'avère extrêmement pratique pout les férus du levelling.
Au passage, admirez la bestialité de vos adversaires,
et surtout l'ambiance macabre qui se dégage de ces décors caverneux, très réussis.
Le 18/20 se serait justifié parfaitement… si les textes français des dialogues n’avaient pas été aussi désastreux. A cause de cela, le scénario se révèle moins
immersif que ce qu'il aurait dû être. Enfin, il s'agit là d'une faille bien dérisoire lorsque l'on se plonge à corps perdu dans ce chef-d'oeuvre déjà culte. Ebouriffant, envirant, passionnant sur
tous les fronts, et emporté par des musiques d'enfer,
Castlevania : Dawn of Sorrow est tout simplement l'un des meilleurs jeux de la DS, tous genres confondus. Magistral.
Ma note : 17,5/20
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